Fermée. Fermée à clé ! L’immense porte de la clôture monastique interdisait tout passage. Comment entrer ? Impossible d’escalader, ni à gauche, ni à droite. Quelle heure est-il ? Onze heures, minuit peut-être… Le doute s’installe. Nous aurions dû nous douter que cela arriverait. Mais au cœur de la forêt de la Verna, peuplée de hêtres majestueux, notre veillée était si intense que nous en avions presque oublié le reste du monde scintillant plus bas dans la vallée. Soudain, des bruits de pas, des brides de conversation résonnent entre les hautes murailles de l’enceinte inaccessible. Un couple de jeunes italiens marche dans notre direction. « Buona sera … » Bon, l’anglais, ce sera plus simple.
La cuisine, bien sûr ! Nous nous empressons de faire le tour. De la lumière, des gens, de l’animation, nous voilà rassurés. Nous pénétrons dans le couvent par une porte de service. Les couloirs défilent, des portes claquent ; nous voulons être discrets, mais l’excitation nous gagne alors que le labyrinthe se referme derrière nos pas précipités.
Enfin, la dernière porte. Notre repos mérité est proche ! Du moins, c’est ce que nous croyons jusqu’à ce que l’imposante serrure médiévale ne barre notre chemin. Emprisonnés, nous cherchons une sortie. Nous arrivons dans une chapelle sombre et sans issue. Demi-tour. Le groupe se sépare dans le chaos. Nous empruntons un escalier dérobé. « J’entends quelqu’un ! » Des figures familières apparaissent, et le groupe est à nouveau au complet. Une seule porte s’offre à nous. Dans un grincement de gonds, nous débouchons dans la basilique. Un faible rayon de lumière émane d’une lampe, projetant des ombres menaçantes sur les murs. Déambulant entre les bancs, nous parvenons à l’imposante porte d’entrée. Rien, à faire… elle est solidement verrouillée.
À peine revenus sur nos pas, un son assourdissant perce le silence. D’un même réflexe, nous détalons. Mais que faire ? Personne ne vient malgré l’alarme rugissante et nous sommes pris au piège. « Il faut aller voir les moines ! » Nous courons, affolés mais exaltés à la recherche de la porte du monastère. Nous frappons. La porte s’entrouvre. Le moine qui nous a accueillis quelques heures plus tôt apparaît, et comprenant nos dires, saisit une grosse clé et nous escorte jusqu’à notre dortoir. « Grazie mile e buona notte ! »
Cet épisode n’est pas extrait d’un énième roman moyenâgeux, c’est une histoire vécue par huit compagnons ayant décidé de se lancer à cœur perdu sur les pas de Saint François d’Assise. Accompagnés d’un moine et d’un Loup (Ségolène, notre répondante compas), notre pèlerinage commença à Poggio Bustone, un petit ermitage surplombant la vallée de Rieti, pour parvenir au tombeau du saint, et même au delà. Ponctué d’enseignements et de rencontres, ce voyage initiatique fit de nous un clan de véritables scouts !
Mendiant notre nourriture et guidés par la Providence, ce fut aussi une expérience d’humilité et de simplicité, presque dictée par François lui-même… D’ermitages en monastères, de grottes en sanctuaires, le sentier fut quelquefois difficile, épuisant nos corps, et mettant à rude épreuve la cohésion du groupe. Mais dans un élan fraternel, nous parvenions à nous comprendre les uns les autres, et repartir d’un pas plus sur ! Nous trouvions aussi une belle unité au travers de chants que nous partagions et laissions sur notre passage…
Une formidable aventure, qui marque le début du premier clan des scouts orthodoxes de France !
Aonyx & Wapiti











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